PATERNUX

L’habit, le costume, « situe l’individu en société ». Il peut donner à voir une appartenance à un groupe, à un style, à un état d’esprit. Historiquement il a toujours été le reflet d’une position sociale. Déjà dans l’antiquité et le monde romain, la couleur des toges, des tuniques rendaient comptent des différents grades sociaux.

En parcourant l’histoire, on s’aperçoit que les outils de reconnaissance d’une catégorie de personne à une autre sont aussi liés aux motifs. En effet, les motifs aux formes techniquement complexes et aux couleurs utilisant des pigments onéreux, ont toujours étés portés par les rois, les nobles. Les motifs ont par ailleurs une histoire bien à eux, intimement liée à celle de l’habit. Cette histoire continue d’être forte en symbolisme, y compris dans les habits populaires.

 

Il suffit pour s’en rendre compte de prendre un exemple, celui du célèbre motif pied de poule. Originaire des Lowlands d’Ecosse, il daterait des années 1880 et était surtout utilisé par les bergers. N’ayant jamais été adopté par aucun clan, ce motif est devenu le choix préféré de tout ceux qui ne voulaient ou ne pouvaient pas prouver leur appartenance à un clan spécifique. Il faut savoir, qu’à cette époque, on risquait sa vie en empruntant le tartan d’un clan auquel on n’appartenait pas. Porter ce tissu neutre était un acte stratégique pour éviter tout conflit.

Tout comme le tartan, depuis, le pied-de-poule a eu des hauts et des bas mais n’est jamais entièrement passé de mode. C’est Edward VIII, Prince of Wales, connu pour son goût développé pour la mode qui est à l’origine de la première vague de popularité du motif dès 1935, en apparaissant avec dans le magazine Vogue. Le motif fut immédiatement adopté par la haute société qui en fera un signe distinctif de richesse.

En France, le tailleur en pied-de-poule noir et blanc devient le premier best-seller de la maison Dior en 1938, qui fait du motif l’emblème de sa maison de couture, renforçant ainsi son association avec le monde du chic et du luxe. Le pied-de-poule revint à la mode dans les années 80 lorsque Chanel le réinventa dans ses collections, puis fut boudé par les fashionistas à cause de son image de motif dépassé et ringard.  Ce n’est qu’au début des années 2000 que le pied-de-poule revient en force grâce à la collection haute-couture de Yohji Yamamoto. Depuis, le pied-de-poule et le pied-de-coq ne cessent d’avoir le vent en poupe.

 

Avec une histoire si vaste, quelle est l’image que nous renvoie ce motif ? Quelle facette de son histoire gardons nous en tête lorsque nous le voyons porté? Est-ce son aspect bourgeois, vieille France ou « fashion» ?

 

Paternux propose d’habiller les statues antiques de ces motifs dont l’histoire à traversé les siècles et les époques. En réintégrant motifs et couleurs dans les collections antique, il se crée un décalage temporel. Support blanc et neutre, les drapés antiques vont ainsi naviguer, grâce au motif, entre différentes époques, personnalités, et appartenances culturelle ou sociale. Elles se ré-approprient les codes de motifs qui ne lui appartiennent pas, créant ainsi un décalage plein d’humour.

Quel sera le ressenti du public face à une statue vêtue de tissus liberty ? Et que devient cette même statue si elle revêt une robe léopard ? La statue va, par le motif, changer de monde socio-culturel, évoquer différentes personnalités. Cette évocation sera différente selon les personnes, leurs génération, leurs références, créant ainsi dialogues et discussions entre les visiteurs.

Notre projet vise ainsi à mettre en avant l’appartenance culturelle et contextuelle des motifs.

 

Techniquement, ce projet se compose de projections lumineuses évolutives sur une pièce de la collection du musée (un buste, une statue vêtue d’un drapé antique). L’installation utilise un vidéo projecteur (qui peut être loué si le musée n’en possède pas) disposé sur un socle, construit aux dimensions adaptés pour le support choisi. Les motifs pourront ainsi défiler sur la statue et l’habiller, sans toucher à l’objet lui même.

 

Avec humour, Paternux projette différentes impressions, différents mondes, sur les drapés antiques. Grâce aux motifs, on passe d’un univers à l’autre en un battement de cils. Saisir leur histoire, les interpréter, cette tache revient à chacun des visiteurs.